16 août 2007
Gilgamesh aimait-il les hommes?
Gilgamesh aimait-il les hommes ?
" Personne ne doit lâcher la bataille qui est loin d'être terminée. À preuve, hier, mon libraire a été victime devant notre commerce, de harcèlement verbal de la part des ouvriers qui réparent la rue. Ce comportement est interdit par la loi au Québec. L'homme a été déplacé de chantier... sauf que le problème de son imbécillité n'en est pas plus réglé "
Voici ce que m’écrit un ami de Montréal. Malheureusement l’imbécillité n’est pas réservée aux maçons ! j’emploie le mot au sens de faiblesse d’esprit incapacité à penser par soi-même à se tenir debout par soi-m^me (=sans bâton) : vous connaissez l’Epopée de Gilgamesh roi d’Uruk qui date d’environ 2000 ans avant JC, en langue accadienne et sumérienne, de ce pays entre le Tigre et l’Euphrate mais aussi hittite.( Rassurez vous je vais pas vous raconter toute son histoire reportez-vous au Monde du 14 août) ; cette épopée en douze chants ne raconta pas seulement le déluge (au 11ème chant) mais aussi le lien qui unit Gilgamesh et Enkidu, lien si fort qu’ils vivent sans femmes, accomplissent des exploits (qui annoncent ceux d’Héraclès),mettent en colère la déesse de l’amour et de la guerre parce qu’ils refusent ses avances et qui déjouent tous les obstacles qu’elle met sur leur route ; il y a bien eu une courtisane qui a parfait l’éducation du jeune Enkidu jeune homme sauvage, mais elle ne semble qu’une étape. Bref tant et si bien que, une fois Enkidu mort jeune, Gilgamesh descend aux enfers pour le retrouver (Orphée et Eurydice ?). et c’est Enkidu, qu’il revoit, qui explique à son ami ce qu’est l’Hadès, qui lui fait donc accepter la finitude.
Il y a là pour un esprit non prévenu (contre toute forme de sexualité autre qu’hétérosexuelle) et dire il y en a peu est un euphémisme) et cultivé (connaissant le code hittite par exemple édité par Hrozny *), l’épopée d’un couple d’hommes. Et il n’y a pas de quoi s’en offusquer, du style " Lesbienne ou gay moi jamais ! " de minauder pour la lesbienne ou de montrer ses biceps pour l’homo. Eh bien, voici ce que je lis :
" certains voient dans le surhomme Gilgamesh, deux tiers divin un tiers humain la matrice du héros grec (et Achille et Patrocle?). d’autres auteurs vont jusqu’à voir dans l’épopée l’histoire d’un amour homosexuel entre Gilgamesh et Enkidu. Il est vrai qu’aucune femme n’est aux côtés du roi d’URUK et que le souverain repousse les avances de la déesse de l’amour jusqu’à provoquer sa colère. Grossière déformation introduite par l’œil moderne ? C’est l’opinion de Jean Bottéro, pour qui le récit fut façonné en de temps et en un lieu
où l’homosexualité ne porte sans doute nullement à conséquence. Où elle est en somme nulle et non avenue ". Et toc !
Explication ahurissante et qui annule et rend non avenue par effet d’analogie ou de symétrie l’existence de l’Odyssée, la raison d’être d’Ulysse et de Pénélope, et des quatre cinquième de la littérature mondiale, à moins que toute cette littérature mette en cause toute l’hétérosexualité ; ce qui n’est pas le cas.
Aucune sexualité n’empêche la mort, l a sienne et celle de l’aimé/e et celle de chaque être humain ou vivant, par conséquent la prise de conscience de cette condition explique la recherche de l’immortalité, et aucune sexualité n’emêche l’existence des qualités (et défauts ou faiblesses) inhérents à tout mortel, en particulier la vaillance et la qualité de héros. Le bataillon thébain en est une des preuves souvent citée ; tant pis si beaucoup de gens en sont encore à " la cage aux folles ".
Il me semble pourtant que l’historien doit faire preuve de discernement et ne devrait pas juger les différentes formes de culture et d’art d’aimer d’après ses propres critères préjugés et peurs c’est - à -dire sa morale personnelle, la plus conventionnelle possible officiellement. Ni être barré dans sa pensée et sa réflexion par sa propre sexualité qu’il identifie à la norme qui serait à ses yeux universelle. Et manger avec ses doigts ou avec des baguettes ? Mais ça c’est moins dangereux. Et encore, chi lo sa ?
La bataille est loin d’être terminée comme dit justement l’ami québécois. Faut- il le dire et le répéter nous ne sommes pas une particularité particulièrement particularisante. Remettons les choses à l’endroit : toutes les sexualités ont la même valeur la même dignité elles sont le propre de l’homme, comme le rire, la pensée, l’art. C’est un art de vie qui a eu sa place dans la plupart des civilisations. Et qui cherche à la retrouver dans notre monde contemporain, enfermé dans des bornes étroites ; la lamentation de Gilgamesh à la mort d’Enkidu ; en est un magnifique exemple ; et c’est penser le contraire et nier cette réalité qui est une " grossière déformation introduite par l’œil moderne ".
Geneviève Pastre©
23:35 Publié dans Sexualités | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


