10 janvier 2008

Simone de beauvoir, non merci

sexualités et littérature



Simone de Beauvoir, non merci

Je suis de la génération qui a lu " Le deuxième sexe " à sa parution. Et bien en dépit de l’engouement général et en particulier de la fascination de certaines de mes camarades de classe qui allaient au Flore pour LA voir avec Sartre (et qui devinrent de bonnes mères de famille) je n’ai jamais fait partie des fans ni des disciples.
Elle était après tout prise dans le système, dans le cursus des agrégations, elle y semblait à l’aise brillantissime même et sa relation avec Sartre me parut vite inégalitaire même je n’avais pas encore lu ( et pour cause) le " je vous prends en mains " de ce dernier qui m’aurait fait fuir.
Son livre me paraissait lourd et sans véritable élan. Même si la formule " on ne naît pas femme on le devient " a fait fortune, c’est une réalité sociale avec laquelle je me battais moi-même depuis toujours avec mes propres armes : la danse et la poésie, et la volonté de vivre et de voir clair dans ma vie.
Et surtout elle ne répondait pas à la question essentielle : comment vivre mon désir des femmes si brûlant si présent, ce sujet était relégué à la fin d’un des tomes. Je ne m’y retrouvais absolument pas, je détestais même cette manière de créer à part une catégorie spéciale et de s’emberlificoter dans des analyses prétendument objectives.
. En fait pendant qu’elle était au Café de Flore Natalie Barney vivait bien depuis longtemps sa vie de lesbienne au 20 rue Jacob à deux pas du bd Saint Germain et elle se promenait tranquillement avec Gertrude Stein dans les parages !
Enfin ce livre manquait d’élan et de joie et du " je " fondamental pour moi dans toute écriture. Je n’en étais pas à penser que j’écrirais un jour le mien ou les miens sur un tel sujet. Et que je serais emportée alors par la colère d’avoir été trompée et la joie d’avoir trouvé !(*) La poussée du bonheur est d’une telle nature qu’elle bouleverse les raisonnements les explications et rejaillit sur tout le reste.
Ainsi l’envie de faire des enfants ou l’envie d’avoir des enfants ne me paraissait pas si ni horrible ni si condamnable que ça, à condition qu’ils soient faits dans d’autres conditions, et le vécu d’un couple pas si horrible que cela, non plus s’il s’agissait de relations entre hommes ou entre femmes. Pas de rôles définis, pas de statut social inégalitaire. Autre chose de gai et de léger, de frais et de fort (je sais ce dont je parle)
Enfin quand je connus bien plus tard ses combinaisons à fondements philosophico/ sexuelles (les fameuses amours contingentes) avec des partenaires femmes et Sartre, j’y trouvais un certain jésuitisme, quand je vis aussi parmi ses disciples affichées il se trouvait des lesbiennes dans le placard, je fus choquée et plus encore quand au moment de la rupture au sein de " Questions féministes " la revue lesbienne et féministe où la majorité était lesbiennes était (4 sur 3) j’entendis la lecture par une lesbienne dans le placard d’une de ses lettres au tribunal déclarant aberrante position politique des lesbiennes radicales, je fus profondément écoeurée. de voir que sa notoriété à elle seule suffisait à faire pencher la balance et que Simone de Beauvoir ne pouvait pas l’ignorer. Ce déni de soi (elle avait eu des amantes), dans la position d’autorité où elle se trouvait, m’apparut comme une inacceptable trahison de soi, intellectuelle et morale. Les dés étaient pipés ; et les lesbiennes lambda ne purent y voir que du feu, trompées et induites en erreur, freinées dans leur recherche, sur le sens et la portée de leur vie sexuelle et amoureuse. Enfin la publication de lettres à des hommes où elles décrit dans des termes grossiers et vulgaires la relation physique entre femmes n’a fait que conforter mon rejet.
Trop de pessimisme aussi trop de morbide…trop d’orgueil aussi. Il y a tant à voir, tant à découvrir dans la vie, par quelle déception secrète a-t-elle pu passer ?
Il reste son engagement politique tardif, mais clair.
Mais non il y a tant de femmes qui ont pris la vie à bras le corps, et les femmes qui ont écrit des -textes sincères vibrants et " justes ", intelligents lucides et généreux, sur l’amour entre femmes, et ces femmes portent aujourdhui cette poussée en avant actuelle vers un élargissement une respiration vers des amours et des sexualités plus vastes et plus heureuses, c’et elles qu’il faut lire

Que le nouvel Obs ait la vulgarité l’obscénité de publier une photo d’elle nue de dos ne m’étonne qu’à peine de la part de mâles imbus de leur appendice physique et symbolique . c’est indigne et inexcusable. Même si cela demande exige des excuses. ; Tant mieux pour elles, si ça ne tue pas l’envie des femmes d’être dans les bras de ces hommes -là. Tant en sont encore à la mentalité de collégiens comparant et mesurant leurs instruments ; les gais le font entre eux mais poussés le désir et c’est tout autre chose, c’est pourquoi ils ont ma sympathie.
Je ne veux pas juger de l’œuvre de Simone de Beauvoir : elle est considérable et elle a de la valeur, elle mérite d’être lue. Mais elle n’est pas si révolutionnaire qu’on a bien voulu le dire et le faire croire. Elle a manqué seulement de l’ampleur de vue indispensable, d’une vraie réflexion philosophique et anthropologique qui embrasse tout l’homme (Mensch) et d’un cohérence interne par rapport à ses choix propres restés discrets et fort prudents.
Mais combien de philosophes élaborent ainsi de belles théories sans risquer leur vie personnelle ; il y en a, mais ils sont rares, j’en reparlerai un jour.
Elle a été aimée de Violette Leduc, une qui ne mesurait pas ni ne classait sa passion. Et elle a été à l’origine de ce chef d’œuvre d’amour : " Trésors à prendre " .
" Jusqu’où il faut aller trop loin ", encore une fois, n’a pas de sens chez un penseur. Respectabilité non plus!
Elle a eu sans doute des générosités (payant ainsi à Violette Leduc une allocation de 1948 à 1964 faisant croire qu’elle était attribuée par Gallimard), mais, des deux, celle qui reste de cette époque charnière, c’est Violette Leduc qui passe le témoin pour aujourd’hui, parmi tant d’autres. Il ne faudrait pas se tromper de modèle.

(*) De l’amour lesbien Horay 2002 nouvelle édition
geneviève pastre(copyright)