31 janvier 2008

Il:vous et moi quand nous sommes en quête

lutte dans le monde difficile


Il jette les mots contre les rochers
Il les plie comme des bras
Il les broie comme des couleurs
Il les ajuste comme des pièces de bois
Il les roule comme des vagues
Aussi durs que des pierres de taille
Aussi lourds que lui
Ils sont les miroirs des villes intérieures
Que ses mains ont faites et défaites

Des gens passent sous ses fenêtres et se dandinent sans parler.
II y a trop de morts aux fenêtres Des morts adipeux et des morts édentés, des morts maigres et des morts aux mains couvertes de bagues, des morts en colère d’être là et inaccessibles, et de jeunes garçons et de jeunes filles troublés de désirs inassouvis.
Il n’y a, disent-ils, ni barque ni rivière ni lumière, ni même de sommeil, rien qu’un certain air d’absence, un air qu’on est en train d’oublier, un visage dont on cherche les traits, une petite odeur peut-être de fleurs, un très léger conflit entre la terre et l’air, un long éparpillement passif.
Il faut faire vite. Toutes les fenêtres ouvertes. Bientôt la nuit va tomber. Pourtant pendant que les oiseaux dorment, des hommes se dépêchent de franchir les bornes de la tendresse interdite, les heures où le sommeil est tout.

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Il s’échappe par toutes les fentes, tous les trous tous les pores des peaux étrangères. Il est à genoux, il baise le sol dans un très ancien geste d’adoration. Il creuse autour de lui des galeries de tendresses, et des tunnels de fatigue. Il sait très bien qu’il ne peut que répéter des pas, ses pas, cramponné aux cordages, pour ne pas tomber dans les vomissures, entre tangage et roulis mêlés. A travers les hurlements des autres hommes. Et il pense : ne pas tomber, surtout ne pas tomber.
Si tout chavire en lui, il se tient droit, aisément, et il rit légèrement, mais les liens les escaliers les passages lui tentent encore des pièges. C’est pourquoi, comme un homme ivre, il rit de nouveau, tout en se traînant.



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Il se répète
Il vire interminablement autour du temps
Il crie pleure suffoque et rit
Il aime et cesse d’aimer
Il répète ce qu’il a su depuis toujours
Il se retourne brusquement pour surprendre l’envers du chemin

Aux aguets il piétine les syntaxes
Et les règles de tous les jeux,
Il règle de les réinventer
Il crée des mots des appels des chants
Les noms il voudrait les dire le premier.
Sur sa paume, il voit des lignes nouvelles, fines, entrecroisées
Peut-être qu’il est en train de se réinventer

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Il marche lentement
A travers les arbres de pierre
Il marche avidement
A travers les murs opaques
Il rêve éperdument du pur chemin

Les êtres gonflent, éclatent ou se rétractent
Leurs paroles répètent leur propre écho
Les couloirs s’épaississent d’obscurs désordres
Les escaliers ne montent vers rien

Dans les allées, des mains, des yeux, des fronts, des mots, de longues exclamations sont tombées
parmi les feuilles et la neige

Il entend les oiseaux permanents à toujours égale distance
Les vides durent et se durcissent de sens brouillés
Les regards s’enchevêtrent comme des fils téléphoniques
Rien ne porte en effet sa vie que lui
Rien ne porte ses douleurs
Rien sauf lui-même

Il va sûrement


Plains- Chants( extraits de Il) Geneviève Pastre (copyiright) parution en nov 2007 aux éditions geneviève Pastre(c'est un choix assumé dans un monde difficile il faut tenter de vivre; et la collection "les octaviennes vous est ouverte voir le catalogue (lein à gauche)