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31 décembre 2007

ANTIDOTE

politique et littérature

Antidote au discours présidentiel

" Un jour, Dostoïevski a laissé échapper cette énigmatique remarque : " la beauté sauvera le monde ". Qu’est-ce que cela veut dire ? pendant longtemps j’ai pensé que ce n’étaient que des mots. Comment était -ce possible ?, Quand donc, au cours de notre sanglante Histoire, la beauté a-t-elle sauvé quiconque de quoi que ce soit ? Ennobli, exalté, oui. Mais qui a été sauvé ?
Il existe toutefois une certaine particularité dans l’essence même de la beauté et dans la nature même de l’art : la conviction profonde qu’en traîne une vraie œuvre d’art est absolument irréfutable, et elle contraint même le cœur de l’homme à se soumettre ?. On peut parfaitement composer un discours politique apparemment bien fait, écrire un article convaincant, concevoir un programme social ou un système philosophique, en partant d’une erreur ou d’un mensonge. Dans ce cas ce qui est caché ou déformé n’apparaît pas immédiatement.
Un discours, un article ou un programme exactement contraire et un système philosophique construit d’une manière entièrement différente rallieront l’opposition. Et ils sont tout aussi bien construits, tout aussi convaincants. Ce qui explique à la fois la confiance et la défiance.
Mais une œuvre d’art porte en sois sa propre confirmation. Si la pensée est artificielle ou exagérée, elle ne supporte pas d’être portée en images. Tout s’écroule, tout semble pâle et terne, et ne convainc personne ; en revanche les œuvres d’art qui ont cherché la vérité profonde et nous la présentent comme une force vivante s’emparent de nous et s’imposent à nous et personne, jamais, même dans les âges à venir, ne pourra les réfuter.

Rôle de la littérature
" Qui, sinon nous, les écrivains, pourra porter un jugement sur nos gouvernements défaillants (…) Et aussi sur le peuple lui-même sur sa lâche humiliation, sur sa faiblesse satisfaite ? "

… " J’ai compris et senti que la littérature mondiale n’est plus une anthologie abstraite ni un vague concept inventé par les historiens de la littérature mais un corps et un esprit vivant ; reflétant l’unité grandissante de l’humanité.

Mes amis. Essayons d’être utiles si nous pouvons servir à si nous pouvons servir à quoi que ce soit… Qui donc, depuis des temps immémoriaux, a constitué une force d’union et non de divisons, dans nos pays déchirés par les partis, les mouvements les castes les groupes.
(…) Je crois que la littérature mondiale, dans ces temps troublés, est capable d’aider l’humanité à se voir telle qu’elle est, en dépit de l’endoctrinement et des préjugés des hommes et des partis. "

"Tous les grands écrivains, en quelque pays que ce soit, sont toujours comme un Etat dans l'Etat : tous les régimes leur préfèrent les médiocres et les serviles."


Extraits du Discours de Stockholm écrit par Soljénitsyne en 1970 à l’occasion du prix Nobel.

Texte choisi par Geneviève Pastre pour servir d’antidote au discours politique officiel et tradiitionnel, quelle qu’en soit la mise en scène, ce soir à l'occasion du nouvel an.
Les droits de l’écrivain suivi de Discours de Stockholm , Points, Seuil, 1969 et 1972

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