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21 novembre 2007

Vision rapprochée

et littérature



Vision rapprochée

Je lis en même temps, " Le premier homme " d’Albert Camus, Shirobamba de Yasushi Inoué, et Le journal de Virginia Woolf, et bien sûr je me gorge de toute la presse que je peux trouver le temps de lire pour avoir un kaléidoscope des événements actuels. Ah ! encore autre chose, une biographie de Maurice Béjart par Antoine Livio. Un petit dégât des eaux m’a obligée à vider la bibliothèque de mon couloir d’entrée. Je redécouvre ainsi Sodome et Gomorrhe de Proust et Séducteurs en équateur de Vita Sackville. Cela fait des rapprochements inattendus et provoque des réflexions.

Au hasard,

La différence de culture et même de civilisation. Le personnage de Camus jeune garçon nommé Jacques vit dans un quartier " pauvre " d’Alger, un appartement petit, "pauvrement" meublé, juste deux lits, une chaise, une armoire, une lampe à pétrole, une toile cirée, un réchaud à gaz, il va à l'école en tramway, il va aussi jouer à la plage, avec ses copains et se baigne nu avec eux etc, il vit entre sa mère et sa grand-mère. Au début de du récit, à l'âge de quarante ans, il va à Saint Brieuc, à la recherche de son père, mort à la guerre;quand il avait un an. Entre sa mère et sa grandmère, c'est cette dernière qui décide de tout et manie le nerf de boeuf.

A l’autre bout du monde, Kosaku vit dans un village de la presqu'ile d'Izu, dans un "dozo", une petite maison en terre, avec sa grand-mère, il n’y a pas de meubles (à la manière japonaise, juste le futon qu’il partage avec cette dernière) les ustensiles nécessaires les vêtements, le petit autel et tles nombreuses souris qui "protègent" l'enfant dit la grandmère. il va se laver le matin au ruisseau qui coule au pied de la maison, il mange trois fois par jour la même nourriture, la soupe de miso, il va à l’école où les maîtres sont très sévères, il va se baigner, nu, dans les torrents et plonge dans les gouffres de cette région montagneuse, il s’y forme des clans hostiles entre garçons ou plus ou moins distincts, les garçons et les filles, assiste à des naissance et des morts.
Sa grand mère est en fait une ancienne geisha qui a été rachetée par son arrière grand père et a vécu avec lui. En fait ce serait sa "seconde" arrière grand mère …

Ses parents vivent dans une ville assez éloignée, il va les voir, mais, s’il craint son père, il admire sa mère, pourtant il souhaite rester avec sa grand- mère. On lui laisse le choix. Il sera élevé par elle .C'est bon pour un enfant de vivre à la campagne, dit le père. Il ira à l'université plus tard.
Bref rien ne semble " pauvre " ici, c’est un garçon heureux.

Ces deux histoires très autobiographiques valent toutes les analyses théoriques et conceptuelles à la mode à notre époque et dans notre monde. Je ne vais donc pas m’y aventurer. Il y a quelque chose de " brut " dans ces deux histoires, des leçons de vie, des questions sur les valeurs, ou la saveur d’une enfance, de l’enfance qui goûte au monde avec avidité. Ce qu’on appelle l’innocence, mais plus intacte et plus directe chez le romancier japonais.
Replongeons donc dans les nôtres, en abandonnant tout "regard distancié"
Geneviève Pastre©

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