24 juillet 2007

L'UEEH Marseille

bien sûr comme toujours, il s'agit de bien plus que les sexualités mais des modes de vie et de communication (au sens noble)


pour les initié/es l'UEH de Marseille a été créée en 1979 et a encore eu lieu pour la nième fois la semaine dernièreJ'y ai fait un bond pour parler de la littérature gaie et lesbienne et de son évolution et son son rôle dans la représentation que nous nous forgeons de nous mêmes. beau et vaste sujet, ce qui explique mon silence


je joins l'esquisse de mon intervention telle qui a paru dans le programme de l'UEEH


La littérature esquisse d’une communication/ débat à l’UEEH 2007

Le rôle fondamental de la littérature gaie et lesbienne, dans l’évolution de notre histoire culturelle et dans la formation du soi. Enfin le plaisir du texte sans voile.

1°Nous partageons tous et toutes l’expérience fondatrice de notre vie, de la découverte, de notre élan, de notre désir spécifiques, irrésistibles et joyeux, qui se heurte frontalement à la réalité immédiate de la société et à toutes les images que nous offrent les médias ; or nous ne pouvons pas vivre en marge, isolés, sans repères, sans une mutilation de nous -mêmes voire une autodestruction. Il s’est produit dans les trente dernières années grâce à 68 puis au FHAR et au MLF (des tous débuts) une véritable explosion de tous les archaïsmes des tabous, une libération des mœurs du dire et de la visibilité des homosexualités. Et la littérature y tint et y tient une place capitale.

2 Il faut,en effet,distinguer les recherches théoriques très honorables mais visant à établir des lois générales " scientifiques " , dont chaque individu ne reste qu’une illustration, et l’expression essentiellement et délibérément subjective, du roman de la poésie de l’essai (au sens où l’entend Montaigne bien sûr) ; à travers les millénaires Sapho (et pour une part Platon) en reste le paradigme. Cette écriture, sous la forme de récit, de roman, d’autobiographies, de chan,t de parabole, de fiction, nous touche directement, en tant que je -sujet au cœur de la vie dans notre destin singulier. Le " Madame Bovary c’est moi " peut s’appliquer à toutes ces écritures qui nous révèlent à nous-mêmes, nous situent dans le temps, l’histoire, l’espace, les sociétés, posent les questions que nous nous posons, ne cherchent pas à nous convaincre, mais nous invitent à nous identifier à comparer à partager, à toucher nos sensibilités et nous émouvoir tout en nous faisant réfléchir.

3°Le livre plus encore que la TV les films les médias : un objet maniable transportable qu’on peut lire par bribes prendre pas n’importe quel bout jeter reprendre apprivoiser lire cent fois n’importe où, sans avoir de rendre compte à personne, nous laissant libre d’imaginer personnages et lieux, élargissant notre univers quotidien, l’éclairant.
Ce phénomène est particulièrement sensible et important pour nous gais et lesbiennes ; à des périodes où le non dit, l’allusion, les contorsions ou distorsions, s’imposaient presque (Proust. Gide) mais où les révoltes provoquèrent scandales et procès (Oscar Wilde, Genet) ou boycotts des textes triomphants, (Violette Leduc et moi-même), a succédé, avec des hauts et des bas (encore aujourd’hui) une période plus ouverte totalement libre. Il existe une floraison de romans surtous les continents (France Canada Japon USA etc), loin des stéréotypes et des pessimismes. Ce sont des tableaux de mœurs, des milieux lesbiens ou gais, des passages et liens des mondes hétéros et homos, des analyses de caractères, des scènes de la vie privée, sous des angles de vue très variés, humour, passions, incommunicabilité ou bonheurs etc (Catherine Hubert, Nina Bouraoui, Lionel Duroi, Stephen Mac Cauley et des récits d’expériences plus propres aux gais (Hervé Guibert, le rôle du sida) ou aux lesbiennes (de la conjugalité à l’amour des femmes, Marion Page) .
4° En conclusion, il faudrait dire la multiplication des maisons d’éditions, la relative insuffisance de la critique malgré des réussites (Masques et La Référence), mais aussi l’apparition d’une production commerciale et des effets de mode (le hard le cul le polar, romans sentimentaux) et les difficultés de la diffusion, mais l’apparition des libraires, des sites, des radio s( Fréquence gaie, puis tant d’émissions), mais aussi le bouche à oreille délicieux le bouche à oreille. Enfin la réticence de la presse et des médias hétéros, qui faussent et cloisonnent les regards, au lieu de les croiser dons une curiosité mutuelle bienveillante et enrichissante pour tous et toutes.
Et place aux créations nouvelles !
NB le choix des auteurs ou ouvrages cités ici ne l’est qu’à titre indicatif et ne prétend aucunement à une quelconque exclusivité.
Geneviève Pastre (copyright)
Geneviève Pastre ©

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