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15 juillet 2007
A propos de modes de vie, le rappel d'un livre
au moment où la presse(Libé) signale des ouvrages sur l"histoire et les modes de viedes gais et où l'UEEH de marseille propose de revisiter notre histoire(lesbienne gaie et humaine), il est sans doute utile et "jubilatoire "de rappeler ce livre "Une femme en apesanteur" paru en 2003 vu par Laurence Moréchand dans FAI
GENEVIEVE PASTRE
UNE FEMME EN APESANTEUR
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La vie et l'œuvre de Geneviève Pastre forment la trame d'un extraordinaire roman-mémoires. Une femme en apesanteur, Mémoires (Balland, Modernes, 2002, 416 pages) appelle l'admiration par son audace intellectuelle. Il se présente, à tous points de vue, sous une forme totalement originale. Il mêle les genres, (récits, poésie et fragments de journal) et échappe, pour notre plus grand plaisir, à une très stricte narration chronologique classique, affranchissant ainsi le lecteur/rice de toute lecture linéaire. Au fil de pages toutes plus passionnantes les unes que les autres, s'entrecroisentles différents aspects de la vie.
BALLADE PHILOSOPHIQUE ET ESPACE D'UN SOUFFLE
Parfois se dégage l'impression d'un long pèlerinage aux sources de l'Etre, d'une ballade philosophique et littéraire exprimant le suc de beautés découvertes lors d'une flânerie dans Paris ou l'enthousiasme de rencontres inattendues. Nous découvrons alors la voix d'une poète et philosophe à la curiosité inlassable, dotée d'une immense culture littéraire et artistique s'exprimant ici avec une scrupuleuse honnêteté que ce soit sur sa vie professionnelle, extra professionnelle (elle a la passion du théâtre et de la scène, cf. précédent numéro de F. A. I. ), amoureuse ou littéraire. Une voix qui est comme une bouche qui respire. C'est avec la pureté profonde de son souffle que Geneviève Pastre écrit.
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Mais ce livre vaut bien plus que n'importe quelle classique autobiographie ayant pour but la défense et l'illustration du moi. L'un des aspects les plus importants de l'œuvre concerne, en fait, l'engagement de Geneviève Pastre dans les mouvements homosexuels, lesbiens et féministes. Dès 1981, elle a lancé le Manifeste des cinq cents soixante dix gais, reproduit en fin d'ouvrage. Ainsi nous brosse-t-elle le tableau de son exploration inlassable – tableau d'une richesse impressionnante par les divergences de points de vue -à travers diverses associations, groupes, média (elle a assuré durant deux années, de 1982 à 1983, période cruciale du mouvement, la Présidence de Fréquence Gaie), universités et rencontres avec des protagonistes connus ou moins connus ayant joué un rôle dans ces mouvements.
Elle a sa manière bien à elle d'évoquer cette mosaïque de groupes sur laquelle passe un vent de libération mais ne mâche pas ses mots pour avouer que le monde des femmes n'a rien de tendre: "Ce n'est pas pire que le monde politique mais cela y ressemble fort" (p. 63) et c'est plutôt aux côtés des groupes gais mixtes (si ceux-ci ne sont pas tendres non plus, ils ont au moins de l'humour) qu'elle va trouver une vraie "famille" tout en gardant toujours un esprit très critique à leur égard. La relation à cette communauté, avec toute cette redécouverte et cette nouvelle manière d'assumer sa véritable identité originelle, le fait de ne plus se sentir "étrangère" ainsi
que la rencontre d'une femme lui ont permis de s'épanouir.
Au cours de ces vingt années, elle a pris le contre-pied de Simone de Beauvoir (dont on mesure ici le défaut de la cuirasse…), collaboré directement avec Gisèle Halimi dans le cadre de "Choisir", participé activement au Programme Commun des Femmes, rencontré également tous les penseurs gais de son temps, Jean-Paul Aron, Alain Daniélou et Daniel Guérin,... Michèle Causse, Françoise d'Eaubonne (pour n'en citer que quelques-uns) et participé à tous les colloques sur cette question (CNRS, Sorbonne, Université homosexuelle etc…) tant à l'étranger qu'en France.
ÿ Au long des pages se dessine peu à peu une vaste mosaïque de l'histoire des homosexuels, des lesbiennes et des féministes appuyée sur une documentation très riche mais aussi et surtout à travers l'expérience et le vécu direct de la narratrice que nous saisissons continuellement dans ses dilemmes intellectuels et personnels.
UN ESSAI TRES CONCRET
Que l'on ne s'attende donc pas à quelque ouvrage froid d'historienne ou de sociologue même si parfois le récit rejoint la précision d'annales quand elle évoque tous les thèmes de tel ou tel colloque auquel elle a participé, souvent à la fois comme organisatrice et intervenante.
En vingt années, le mouvement gai et lesbien a eu, au sein de sa communauté, des gens capables de construire, de parler, d'agir, de faire bouger les choses. Il a pris une dimension sociale, politique et culturelle qu'il n'avait jamais eu auparavant. Les homosexuels/les ont donné une nouvelle image d'eux-mêmes et acquis une certaine visibilité dans la société. Mais, selon l'auteur, trop souvent encore, ils et elles ne sont que "tolérés" en dépit du fait que le mouvement ait eu un retentissement national et de vastes réseaux de ramification internationale. Cet ouvrage garde trace de ces années d'effervescence qui ont donné naissance à une réinvention de la culture littéraire et artistique homosexuelle. Mais Geneviève Pastre montre que le mouvement, du côté masculin, a également été déstabilisé par la catastrophe du Sida qui a provoqué une immense solidarité dont elle se fait également témoin. Malgré tout, il reste que l'homophobie, les discriminations, les violences verbales, les exclusions, les tensions, les mises à distance, existent toujours.
UN PAMPHLET
Ainsi arrive-t-il que ce livre prenne aussi parfois l'aspect d'un pamphlet ou d'une comédie parodique. Le faux prix Falgue nous vaut, dans ce sens, une succulente page d'humour et un formidable éclat de rire. C'est avec ironie mordante mais sans aucune amertume que l'auteur s'exprime dans certains passages incisifs et lucides, sachant toujours tenir à distance ses interlocuteurs/rices par rapport à bien des mises à l'épreuve répétées. Mais elle sait aussirendre compte des accueils enthousiastes, des amitiés indéfectibles,
des soutiens des lecteurs/rices et auditeurs/rices qui l'ont
encouragée durant toutes ces années.
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LA LIBERTE D’AIMER
A travers toutes ces luttes, émerge le portrait d'une femme
> faisant voler en éclats tous les poncifs. Le combat de Geneviève Pastre est d'abord un combat pour la liberté de penser, d'aimer. Tout simplement la liberté d'être actrice de sa propre vie. En ce sens, se dégage de l'humanisme pastrien une sorte d'universel. Pour celles qui la connaissent depuis de nombreuses années, on perçoit ici la voix d'une maîtresse-femme, comme on n’en a pas entendu depuis longtemps. Une voix qui nous porte aussi à découvrir les mondes plein d'a-priori
>qu'elle a traversés et à partager ses perplexités face à une société grippée dans un éternel conformisme et conservatisme que ce soit au niveau de l'enseignement (on partage son esprit de rage sur l'absence de créativité), de l'édition (le domaine de la poésie, lourdement misogyne..
LE PORTRAIT D’UNE SOCIETE
Jamais auparavant dans ses précédents ouvrages, elle n'avait poussé aussi loin la radiographie d'une société. Écrit dans un style très alerte, vif, direct, à la fois simple et complexe, mêlant avec art une voix off (des apartés brisant
la linéarité) à la parole orale ou écrite et pimenté, ici et là, d'effusions directes que l'auteur revit pour mieux nous les faire ressentir à son tour, l'ensemble forme un paysage de la mémoire individuelle et collective dont les divers épisodes font écho aux rêves, aux illusions, aux échecs et aux réussites de notre
narratrice. Toutefois, le désespoir n'a jamais effleuré Geneviève Pastre, il est absolument hors de son univers. Quels que soient les refus, elle a toujours su aller au-delà des obstacles et reprendre son souffle pour aller vers d'autres horizons.
Elle est, par essence, une femme de mouvement. Ce mouvement qui est l'essence même de la vie. Ce mouvement dont dès le départ, elle s'est sentie privée sur les bancs de l'école. Ce mouvement dont elle a eu la passion à travers la danse mais qu'elle a dû sacrifier sur l'autel des lettres. Et quand on parcourt cette destinée, on éprouve un regard plein d'admiration pour cette femme qui ayant compris qu'on ne pouvait trouver de salut dans la satisfaction d'un bonheur personnel, dans le non-dit, dans la dénégation des autres et la mesquinerie, s'est engagée dans la lutte collective pour la reconnaissance de l'amour des femmes et des hommes entre eux pour devenir finalement l'égériedu mouvement homosexuel.
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En tant que militante du mouvement homosexuel et Présidente
> de Fréquence Gaie pendant les années cruciales de 81 à 83, Geneviève Pastre a eu une influence considérable. En tant qu'écrivain, elle n'a pas d'équivalent dans toute l'histoire des lettres, occupant une place de tout premier plan dans la littérature d'aujourd'hui non seulement en raison de son œuvre extrêmement prolifique dans tous les domaines (sociologie, histoire, poésie avec entre autres L'Espace du souffle qui a connu un immense succès et attiré sur son talent un
> metteur en scène de théâtre) mais également de sa personnalité
exemplaire.
En ce sens, le modèle d'écriture pastrien ouvert à de multiples composantes ... encourage au maximum la créativité littéraire. Sur ce plan, un critique a vu, récemment, dans son œuvre littéraire (éditée non seulement aux USA mais aussi en Autriche, en Allemagne, au Québec),l'envergure d'une Marguerite Yourcenar.
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Cherchant toujours à ouvrir de nouvelles portes, Geneviève
Pastre a été amenée à créer sa propre maison d'édition (pour laquelle nous apprenons ici qu'elle a dû sacrifier une résidence), les éditions Geneviève Pastre, au service des écritures libres exprimant, sur un mode créatif, l'expérience homosexuelle. Il s'agit aussi de réinventer la parole. Cette maison d'édition est essentielle, c'est une voix mais aussi une forme d'action. Depuis plus de douze années, elle propose, à travers un impressionnant catalogue de plus de
>cinquante titres, de faire connaître des auteurs homosexuels ou féministes qui, sans elle, n'auraient jamais eu accès à l'édition et n'auraient jamais pu s'exprimer.
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LES MAUVES
Enfin, sa réputation d'humaniste s'est également manifestée
sur le plan politique. Si elle a toujours eu de fortes affinités avec les anarchistes (elle a collaboré, pendant une décennie, avec Radio libertaire dans le cadre de son émission hebdomadaire "Les affinités électives" dont nous regrettons fortement la disparition), (mais l’émission mensuelle cette fois a repris depuis deux ans les 2°jeudis du mois à 19H30 NDC) elle a aussi créé un parti, les Politides ou Mauves qui est l'aboutissement de toute sa pensée, son militantisme et de son vécu. Il faut toujours se garder de croire que tout est acquis, et il y a quelques années, Geneviève Pastre a réussi à ouvrir une brèche dans le monde politique. Il y a dans son programme la recherche d'une démocratie qui ne soit pas uniquement l'affaire de partis. Elle veut être au plus près des êtres, de leurs aspirations et de leurs besoins profonds. Elle veut aussi réinventer le culturel dans sa juste dimension. A travers cette synthèse, elle nous invite à nous poser des questions sur le modèle de société que nous voulons élaborer pour
l'avenir en nous proposant un modèle complètement recentré sur l'être humain, (à l'opposé de l'homo economicus) redonnant une valeur et une vraie dimension à sa créativité (à ce qu'elle appelle le "je-sujet" dans la plus haute tradition existentielle qu'elle revendique malgré les 5O ans de prétendue "mort du sujet") et redéfinissant complètement ses besoins réels. A cet égard aussi, cet ouvrage nous a convaincu du messianisme de la pensée pastrienne.
Texte: Laurence Moréchand, rédactrice de FEA Femmes Artistes
International (extraits du Numéro 44) les intertitres ont été rajoutés
Une femme en apesanteur dans les librairies ou par courrier aux éditions 67 rue Saint Jacques, ou par mail gpastre@free.fr 23 euros
12:59 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


