16 juin 2007

jetez-vous dans la création

arts et littérature


en préambule au marché de la Poésie, stand B5 , du 21 au 24 juin, place asint sulpice dans le VIème,les éditions geneviève pastre les Octaviennes et les Gémeaux, quelques réflexionx tirées de" l'état poétique" Vis à vis et invia suivi de l'état poétique" le recueil que j'ai publié en 2006
et venez rencontrer nos poètes vivants!

" Notre époque contemporaine a, ainsi voulu faire coup double : d’une part, essayé de décrier, de tuer la philosophie pour la remplacer par une étude scientifique de l’homme concret, dans une société donnée, (" in situ " aurait dit Sartre, qui, lui, rendait au moins toute sa liberté à l’homme, bien qu’alourdie d’une angoisse fondamentale un peu encombrante et plus ou moins artificielle, qui colle à la peau des existentialismes jusqu’ici du moins, pour moi je m’en écarte radicalement), pour donner la priorité aux déterminismes, économiques ou autres, linguistiques, biologiques, historiques, toute autre attitude étant condamnée comme un affreux idéalisme. On se gargarise du terme " scientifique " ; on voit des comités scientifiques à la tête d’organismes qui n’en ont que faire, comme les colloques. (Parfois quand on connaît les membres du comité scientifique, on s’aperçoit que c’est de la poudre de perlimpinpin ! )
D’autre part, on autopsie un corps (le " corpus ") ou plutôt le cadavre de la poésie. Comment peut-on être lyrique à la fin du XXème siècle ? Mais tuer l’Homme, voilà une des dernières ambitions. Une véritable délectation, dont on ne saurait se priver sans passer pour le dernier des naïfs sinon des nigauds ou des sots. Déconstruisons, d’accord, mais qui ?quoi ? comment ? et jusqu’où ? Car si nous le faisons in vivo, et non pas comme on dissèque un cadavre, distinct de soi, un double mort et immobile, cela n’indique-t-il pas qu’il y a, même infime, en nous un sujet pensant et actif, et ne devons-nous pas, au lieu de faire table rase, comme on tond un gazon, ou comme on brûle un sol, faire avec, le prendre en compte, observer tout en l’éprouvant l’impatience de la création en nous de nous-même, la solliciter, nous y livrer et participer à ses efflorescences, ses bourgeonnements. Chez nous et chez les autres.(et pas seulement l’Autre avec un majuscule de majesté pour faire bien dans le tableau. Il y a une complaisance morbide à prendre l’attitude de déconstruction pure, et c’est même le signe d’un ego considérable. Sachons vivre en phase avec nous-mêmes sans nous contraindre à nous amputer tristement, cyniquement ou allègrement de ces surgeons, Allions Rabelais et Montaigne, et que notre lucidité ne nous jette pas à un quasi-suicide intellectuel, mental et artistique. Que la dénomination soit un art, une inspiration et une expiration, et pas seulement la manie orgueilleuse du classement, de l’ordonnancement qui sont le fait des sociétés sclérosées ou totalitaires, ou du moins celui des institutions créées pas ceux qui ne veulent pas voir leur métamorphose en cours, et la nécessité d’une renaissance.
En ai-je lu des ouvrages savants ! Vaut-il mieux mourir selon les règles ou en réchapper contre les règles ? La boutade de Molière est tout à fait d’actualité ! J’évite à dessein le mot " moderne " trop étroitement connoté (par opposition à " postmoderne " par exemple), mais dans le sens où l’emploie le langage courant : " à la page, dans le vent, pas ringard" . Mais les censeurs sont aux aguets : Je me suis fait sévèrement admonester par un collègue alors que nous prenions un verre sur le zinc près du lycée parce que j’avais l’air de confondre langue et langage ! Et lui, composait-il des poèmes ? Qu’inventait-il ? Professeur de philosophie, aucun doute, mais philosophe, non, il n’était que le gardien d’une nouvelle loi, aussi stérile que l’ancienne, car du point de vue de la création, elle ne pouvait engendrer qu’un nouvel académisme. Il enseigna de même le théâtre au lieu d’en faire.
Mais revenons au lien entre poésie et philosophie qui fait que quand on hait l’un on hait de la même façon l’autre ! sournoisement et paradoxalement, la poésie et la philosophie essaient parfois de s’entretuer, la poésie au nom de sa liberté refusant le droit de la juger de la situer de lui assignée un place et une valeur à une certaine philosophie faite de systèmes et d’arguments qui essaie de prendre dans ses pinces ou ses filets la poésie rivale pour lui tordre le cou, lui couper le sifflet. Et la poésie se moquant de la prétention de la philosophie à vouloir rendre compte de tout. Et de ne pas voir la tension féconde entre l’une et l’autre forme de pensée et de langage. Comme me dit un jeune ami philosophe : la poésie ? c’est la philosophie sans les concepts. Entre le collège de philosophie et l’EHESS il n’y pas que la traversée de Paris d’un bout à l’autre du boulevard Saint Germain, mais un vide entre deux univers, excepté, dans des no mans land, des zones invisibles mais vibrantes, où vivent les poètes sans foi ni loi, sans règles, indisciplinés, imprévisibles, qui n’ont pas d’espace social et culturel officie. La Maison de la Poésie existe, mais à qui est-elle réservée ? Pas seulement la trace de Villon, rue Saint Jacques, et aux alentours, Ainsi un Printemps de poètes devenu assez souple pour que surgissent des événements imprévus ou encore le Marché de la poésie curieusement situé sur la place saint sulpicienne, lieu de rencontre, oasis ou jardin impressionniste dans l’architecture d’une ville. Car il y a forcément contradiction irréductible entre une institution et la parole ailée et l’attitude philosophique qui sont de résistance et de risque, comme celle de taggeurs de l’âme, de la langue, de la pensée, de l’inspiration et du chant, voire de la danse, et du spectacle, dont les œuvres sont effacées au cœur de la vie urbaine dite civilisée, par les autorités, pour cause d’impertinence et de non-autorisation légale. Le parvis de Beaubourg, des cafés qui louent leur premier étage pour des lectures, des trottoirs où des poètes piétinent en refaisant le monde, des manifestations brèves, surprenantes, directes et simples et pas toujours des demandes à la préfecture pour être dans les règles. Le principe du happening, surprise et liberté, la surprise de la liberté.

Il m’est arrivé de discuter avec un professeur d’université versée dans la critique d’une des meilleurs écrivains de notre temps. Nous étions dans un petit café archi comble et plein de fumée (c’était encore possible, même si ce n’était pas souhaitable), en face de la fac juchée sur les minces colonnes politiques d’après 68 (ni doriques ni ioniques sans doute pour empêcher les manifestations et mieux piéger les étudiants dans leurs étages, privés d’issues de secours, et je la regardai avec amitié et une certaine tendresse en pensant aux soirées sérieuses passées à rédiger toutes ses pages d’analyses que je tenais dans la main ; soudain, en me penchant vers elle par-dessus nos bières ou nos cafés, je lui demandai : et vous-même, vous n’écrivez pas ? Elle resta interdite : oh ! non je n’ose pas. Voilà le résultat de nos méthodes. Scientifiques. Quiconque ne fait pas une thèse ou un Mémoire n’est pas digne d’intérêt.
Je ne nie pas la nécessité des bibliographies et des études critiques, mais je mets en premier les œuvres elles-mêmes qui jaillissent du cerveau, du foisonnement des idées, de l’imagination, de la sensibilité, de la passion, de la colère, du désespoir, de la joie, ou de la volonté de convaincre, d’entraîner ; la seule vue de fiches bien en ordre (mais lequel ?) me donne toujours l’envie, une envie furieuse, à laquelle je résiste toujours - j’ai en pitié cet esprit absolu de sérieux, esprit du cumulatif- de les disperser aux quatre vents ; la vie est brève, S’il faut choisir, sans hésiter, jetez-vous dans la création.
geeneviève pastre

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