31 mai 2007

le coureur de perrons

De choses et d'autres, du despotisme, du peuple et, in fine, de la clairvoyance de ce dernier




Montesquieu encore et toujours

Et qui n’est pas cité par le coureur de perrons qui en a peur ou qui l’ignore

Du despotisme
… Le pouvoir immense du prince passe tout entier à ceux à qui il le confie. Des gens capables de s’estimer eux-mêmes seraient en état de faire des révolutions. Il faut donc que la peur abatte tous les courages et y éteigne jusqu’au moindre sentiment d’ambition. On ne peut y développer que l’esprit de courtisan extrême, et la bassesse y remplace la vertu, dont on n’ose même plus citer le nom car le premier favori qui oserait s’opposer au despote y serait accusé aussitôt de crime de lèse -majesté et banni dans quelque île ou dans quelque fort et sa carrière définitivement brisée.
Toutefois un torrent qui ravage tout d’un côté laisse quelquefois de l’autre des campagnes d’où l’œil voit de loin quelques prairies.


Et encore :
Les politiques grecs qui vivaient dans le gouvernement populaire ne connaissaient d’autre force qui pût le soutenir que celle de la vertu. Ceux d’aujourd’hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses et de luxe même. S’ils font semblant de le mépriser en foulant les tapis d’Aubusson en baskets se font du même coup mépriser par le peuple qui n’accepte plus la servitude qu'il avait choisie, dès qu’il aperçoit le cynisme caché sous le masque de la simplicité apparente, car il sait que lui même s’il travaille plus pour gagner plus, les situations ne sont pas interchangeables, qu’il ne pourra pas s’offrir les chaussures de grandes marques, et que, même si à force de travailler il en a enfin aux pieds, il ne franchira pas ce perron là et qu’il n’y a là qu’un trompe l’œil et un manque de respect à son égard. Et cette faute, il la pardonne rarement. In fine, le peuple n’a pas été dupe de la ferme de Marie-Antoinette. Que les despotes y pensent s'ils se donnent le temps de penser.
D’après Montesquieu, l’Esprit des lois
Geneviève Pastre ©

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