20 juin 2006

Les Oiseaux du Marché : divertissement final

Comme l’a écrit jean Cocteau à propos du poète : " Disparaître n’est cependant pas commode " ! et pourtant ils se sont tous envolés, nous nous sommes tous envolés dimancheà la nuit tombée. J’ai, auparavant, les deux derniers soirs, assisté à une délicieuse métamorphose.
Tout au long de ces quatre jours, j’avais vu nombre de poètes butineurs, (sans compter les beaux parleurs, les lecteurs les muets les timides les discrets et modestes et les tonitruants) mais les deux derniers, comme par enchantement, ils sont devenus picoreurs (oui je sais que le mot n’existait pas, mais il existe puisque je l’ai écrit. Personne ici ne me contredira). A la faveur de je ne sais quelle migration, venus d’on ne sait où, des oiseaux étranges plongèrent soudain sur la foule, en pantalon blanc et couleurs claires, et bien entendu décravatés, oiseaux à barbiches ou queues de cheval rêveuses, ou en robes de soie de lin aux fronces, volants et tailles fines, aux cheveux flous ou protégés du soleil s’abaissant par de délicates capelines. A leur contact, beaucoup, dans le marché, se métamorphosèrent à leur tour.
Et je vis un étrange phénomène. Parmi les étals de livres, il y eut des bouteilles et des nourritures à parfum fortement terrestres capiteux et appétissants et l’on entendit le bruit enivrant des bouchons que l’on fait sauter.
Les oiseaux en visite, au long bec, picorèrent de ci de là des croustillons, des cacahuètes, des gressini, des toasts et
des pâtés, sautillant de stand en stand avec un léger bonjour ou simplement d’un mouvement furtif, discret. Mais précis. Humant à coup sûr le meilleur. Ce fut un charmant ballet, mais sans masques ni autre musique que les oh ! et les ah ! ou les je vous en prie, au son des cloches de l’église voisine.
On vit des rencontres imprévues : ainsi une Chinoise , allongeant son bras délicat pour picorer quelques croustillons sur ma table. Je profitai donc de l’occasion pour échanger quelques propos et boire à la santé de la poésie chinoise mais d’un pas léger, elle s’en fut et picora ensuite du saucisson chez le voisin et disparut ; une autre damoiselle oiseau prit hardiment un gobelet et le tendit : nous trinquâmes donc riant, avec du Tokaj, à la gloire immortelle de nos poètes, de ceux de l’époque des cavernes à ceux des tavernes et de ceux du web qu’on devrait appeler la multiplication des werbes.
Ce fut un chassé-croisé d’oiseaux échassiers ; ne croyez pas que j’y échappai. Le voisin René Pons invité par " Le bruit des autres " appela les poètes de passage ou ceux de la hutte voisine à goûter du saucisson, du jambon et du fromage italien offert par Anna Prucnal elle-même et avec mon long bec (il n’est long bec que de Paris) je bus à petites lampées l’excellent vin du " bruit que font les autres " dans une des savoureuses provinces françaises, tout juste à côté de la cabane du Québec si bien chantant ;
Quel était ce fromage que je picorai ? du pecorino s’entend !

A l’année prochaine !

Geneviève Pastre,
descendue des Grands Causses depuis la troisième génération et des Journées de poésie de Rodez, ou de Millau/Aguessac, depuis la disparition de Jean Digot et Marcel Chinois, en hommage à ces deux grands poètes, qui trinquèrent, glissés parmi nous en ce dernier soir du marché, eux, en oiseaux véritables qu’ils étaient devenus dès qu’ils eurent quitté le bas monde des poètes terrestres.

PS C’est le JO qui recommande le remplacement de " chips " par " croustillons ",
si j’en crois mon correcteur du" werbe".
Pais le 20 06 06

Commentaires

Très appétissant, ce marché, Geneviève. Trinquons à celui de l'année prochaine. Je crois que je me ferai une douce violence pour en humer les chaudes odeurs de terroir et mettre en émoi mes papilles poétiques.

Ecrit par : Angèle Paoli | 24 juin 2006

Ecrire un commentaire