04 mai 2006

Les Coups bas

Mon silence passager ? C'est la faute à la pause de Pâques : un colloque à Toulouse ( "Tout sur l'amour sinon rien ", organisé par un groupe connu dans l'univers lesbien toulousain et bien au-delà, (il y avait des lesbiennes venues d'Amérique latine, de Pologne, d'Italie, de Belgique, des USA du Canada et même des Seychelles) Bagdam Espace, www.bagdam.org, m'a un peu éloignée, oh! très provisoirement, de mon blog ou plutôt a occupé tout mon univers mental. J'ai été prise par la richesse et la vitesse de l'événement, j'ai vu, écouté, participé, fait ma conférence : "Pour une nouvelle grammaire de l'amour" (philosophie et politique). Revu Toulouse, ville centrée, rose et dorée, à la forte personnalité, (elle sortait à peine des actions anti-CPE ; elle en semblait toute vivifiée), rencontré de nouveaux visages, "frotté ma cervelle contre celles d'autrui".
Donc réjouie par la beauté environnante, par ces rencontres internationales et très occupée aussi à m'immerger dans ce colloque, enregistrer et faire le point sur nos démarches, nos préoccupations, réflexions, situations, et perspectives à nous lesbiennes, dans ce nouveau siècle, tant et si mal encore mondialisé. Plus personne n'ignore l'hostilité que rencontrent les Gay Pride en Pologne ou en Russie. On pourrait me dire : pourquoi ne pas adresser ce message à la communauté lesbienne, comme m'y invite mon Blogspirit : "choisissez une communauté". Eh bien non ! Tout événement culturel concernant nos relations sexuelles et affectives et touchant naturellement ou délibérément au politique intéresse tout le monde. Au lieu de creuser des fossés infranchissables ou des murs ou des frontières, établissons des liens. Des liens concrets, qui soient des écoutes véritables, des échanges véritables, des réflexions authentiques, non pas par esprit polémique systématique ni pour nous barricader dans nos retranchements respectifs, mais pour mieux fonder nos positions et peut-être les affiner, les interroger, mieux comprendre les sociétés et leur rôle, à la fois la structuration, la "fabrication", le formatage des êtres humains en vue de l'intérêt des dirigeants ou d'une caste ou classe soucieuse de conserver ses privilèges, mais en vue de trouver des voies pour une plus grande liberté et un plus grand respect de la personne. Et ici une plus grande intelligence du sexe. Un pas de plus vers le bonheur, par une nouvelle idée du bonheur.
Donc pas de note qui soit plus dirigée vers une communauté que vers une autre malgré sans doute un avantage immédiat mais superficiel : plus de fréquentation du blog, oui, sans doute, mais pas au prix d'une segmentation.

Voilà donc pour Toulouse. Des progrès en tout cas de la visibilité : une aide de la délégation régionale aux droits des femmes, la Bourse du Travail qui a prêté ses locaux, entre autres et un article de La Presse du dimanche ouvert, pas polémique du tout, ni hostile, en un mot : bienveillant.

Et les coups bas ?
Car, j'ai surtout envie de parler du combat entre politiques, fait essentiellement de coups bas, de règlements de compte, de calculs sournois, de crocs-en-jambe quasiment physiques (les micros en prennent un rude coup à chaque fois, avez-vous vu ? ah mais ! vlan ! comme c'est convaincant !. Ils ne peuvent pas les casser comme ils le voudraient car ils sont flexibles, l'architecte a tout prévu. Et à quoi bon gueuler dans des micros (gueulantes pourtant de triste et fraîche mémoire !). C'est un triste spectacle, qui, s'il s'agissait d'un simple ballon à envoyer dans le filet (ou but) du camp adverse, ferait sourire, Marlène Dietrich avait eu cette superbe remarque : " qu'on leur donne un ballon à chacun comme ça ils cesseront de se le disputer ". L'ennui ici est qu'il y va de la vie de citoyens, de l'organisation d'un pays, du droit au travail (non au rabais), du droit au logement, (et pas sous une tente même igloo), de la répartition des richesses, dite justice sociale et j'en passe, des règles de la vie commune, la liste est connue de tout le monde. Donc pour le dire autrement des valeurs de la démocratie et de la république, des règles qui doivent régir le contrat social. Ce qui n'est pas rien. Mais pour beaucoup, comme pour ceux qui ne connaissent ni les règles du tennis, du rugby ou du foot, ne comprend rien aux galopades aux mêlées aux chutes aux fautes aux cris de la foule et aux embrassades finales. Ce n'est pas moi qui l'ai dit la première, mais, si on zappe du foot à l'Assemblée nationale, il y a pour le plus naïf des spectateurs quelque ressemblance. Il est vrai qu'on s'y réconcilie à la cafète loin du public. Il y a des règles, c'est entendu, un vrai ballet, mais les dés sont pipés, sans compter que les affiches publicitaires qui se déplacent brouillent la vue et distraient ; moi ça me donne justement envie de jamais acheter ces produits
Vous avez remarqué autant que moi que, dès qu'on ne peut plus attaquer un adversaire à la loyale, c'est-à-dire, lorsqu'on est à court d'arguments honnêtes, réfléchis et présentés sans calculs de derrière la tête, ou plutôt qu'on refuse de lui répondre, de peur de perdre son avancée, on a recours aux coups tordus. Donc on fonce, avec ruse, avec violence, dans des affrontements et des attaques ad hominem, sexe, sexualité (ou pas tout à fait, car alors, quel déballage "peut-être" général... ça se fait, mais ça ne se dit pas), origine de sa fortune, vie privée, toute arme est bonne ; et la friandise suprême : l'accusation de "vol des biens sociaux", ça sonne bien ça, ça c'est un coup un peu plus fort car on espère que le citoyen de base va se sentir concerné, et bondir (qui n'a pas dans un coin de sa conscience une petite entorse à l'honnêteté oh ! si minime, ça ne se passe pas à la même échelle ; mais cachée, on fait donc chorus avec l'accusateur et comme on aime alors le mot Vert !
C'est un spectacle assez drôle de voir les uns s'indigner, vertueusement, et c'est vrai pour certains !, d'autres sans doute hypocritement et d'autres sans vergogne : donnez-leur un ballon !, mais comme ça serait une tête du citoyen lambda qui serait le ballon et que comme il y a beaucoup de citoyens lambda, ça serait une mêlée indescriptible. Une tuerie, une boucherie, à coups de bombes ou d'obus (plusieurs millions rien qu'à Verdun, ou une seule pour Hiroshima). De la part d'hommes politiques Déshonorant ? Depuis qu'on a trouvé le distinguo entre responsables mais pas coupables. Comme vous y allez ! ! même pas même pas. N'usons pas de grands mots à tort et à travers, il faut les réserver à de plus hautes fautes politiques ; on voit trop la lueur d'espoir non de convoitise dans les regards de ceux qui lancent ce mot, ils se voient déjà à la place du vaincu. Je sens une petite odeur de moralisme et d'autosatisfaction mélangée à vilain désir, un soupçon de curée. Relisez l'Esprit des Lois. Montesquieu y définit la vertu politique, c'est autre chose. (III,3) Ah "l'ordre moral", sale souvenir. Ça ne vous dit rien ?
Apportez-nous plutôt des plans pour l'avenir. Qui soient pensés et sensés, clairs modérés applicables et appliqués, pas des promesses ronflantes, mirobolantes à contre courant ou démagogiques, ni des projets de plan que l'on concocte fébrilement ; prenons du temps pour en étudier les mérites ou défauts respectifs selon notre philosophie propre. Lisons les textes de lois, ne nous laissons pas exalter. Et si on transformait les temples chargés d'ors et stucs en musées, pour bâtir des ministères plus simples moins coûteux, la fin des privilèges qui tournent la tête à beaucoup ! Quand je suis allée au Ministère de l'éducation nationale (avec une petite équipe de 5 collègues de terrain spécialistes de la question) rencontrer Haby ? Tout y était : les tapis, d'Aubusson, les peintures, authentiques, les boiseries, délicates ; les idées du Ministre furent-elles à la hauteur de la grandeur ambiante ? Je vous laisse juges : quand je ferai une réforme pour soutenir le théâtre et les arts, j'ai mes propres collaborateurs, c'est à eux que je ferai appel. Madame, Messieurs merci et au revoir. Nous foulâmes les tapis d'Aubusson, passâmes devant les tableaux sous la garde de l'huissier ; méprisés et bredouilles. Mais c'est peut-être les ministres qui sont grisés, eux, par le luxe qu'on leur octroie mais qui ne prouve en rien leur compétence.
Mais on aime les invectives, on aime compter les coups et dire ensuite : tous pourris ! c'est tellement plus simple, c'est une solution de paresse, au lieu de mettre vraiment "la main à la patte " (erreur suggestive d'un claviste) ; pour défendre une éthique du politique, la valeur la plus haute de toutes les civilisations, nos arguments et leurs principes. Enseignons dans les collèges et lycées à débattre et décortiquer les mobiles justes et les autres, les règles du jeu, y compris les coups tordus, pour mieux comprendre le théâtre qui ressemble à une lutte à mort dans un combat de bêtes, policées, mais trop souvent rusées et féroces. À quoi servent le charisme, la force de la voix, la rhétorique, le timbre de la voix, la carrure, l'énergie, l'audace et, un peu plus bas le culot, la mauvaise foi, l'adresse, la ténacité ? Le pouvoir corrompt-il ? N'est-ce pas une manière facile d'escamoter le problème ? Qui est tout à fait en amont, dans un type de culture, de civilisation, ou mieux dans un défaut de ces formes d'organisation. Beaucoup de spécialistes sociologues, anthropologues, politologues, se sont penchés sur l'origine de cette volonté de domination, cette soif de puissance.

À nous de ne pas nous mettre dans la position de dominés consentants, de résignés à la servitude volontaire, à donner les rênes à celui ou celle qui a visiblement cet "appétit" féroce et insatiable qui le manifeste visiblement qui ne peut contenir ses clins d'oeil à la caméra et ses sourires en aparté comme à celui qui cache, plus maître de lui, plus habile, son jeu sous des dehors de force paisible et d'honnête homme, qui fera tout et n'importe pour l'obtenir. Donnons-les plutôt à celui qui saura servir le bien public si l'on veut bien se rappeler que c'est le sens premier du mot de ministre : "serviteur". Vérités premières ? au sens noble de "premier", principal, qui précède les autres, qu'on ne peut contourner ? oui. Profitons de la multiplicité d'images qui nous sont jetées à la figure, mais apprenons à lire, à lire que les visages et dans les gestes autant que dans les mots. Dans les médias, quelques-uns nous aident. À ceux-là merci. Cela nous demande un effort ? tant mieux, la démocratie participative ou alternative (peu importe l'adjectif, il me semble que le nom suffit) commence par là. C'est la bonne voie pour entrer soi-même en politique. Apprendre le discernement, la modération, la justesse de l'analyse, la vision à long terme, une vue d'ensemble des questions de la cité et des hommes à l'échelle mondiale, le respect des êtres humains à commencer par le respect de soi, la promptitude dans la décision, (à ne pas confondre avec l'opportunisme ou la précipitation), le courage, la modestie jointe au juste orgueil (qui n'a rien à voir avec la boursouflure de la fatuité), d'avoir été choisi pour "l'exercice" du pouvoir, et qui s'efforcera d'en rester digne. Ces hommes (ou femmes) totalement intègres et désintéressés, ont existé, existent, qu'ils nous servent de modèles. Qu'ils soient des politiques eux-mêmes ou des accompagnateurs de cette dernière. Je souhaiterais d'ailleurs qu'il n'y ait plus cette distance entre les intellectuels et les politiques. On choisit bien des médecins parmi des ministres et pourquoi pas ces médecins de l'esprit, de l'âme, et du corps social ?
À nous de les distinguer et de les choisir, mieux, de devenir nous-mêmes des êtres comme ceux-là

Geneviève Pastre (tous droits réservés)

Commentaires

Mais comment distinguer les meilleurs? Vous me conseiller ...

Ecrit par : Russian Women Favourite ;) | 24 février 2009

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