22 avril 2006
générations
Les générations
On aime beaucoup les cloisonnements, les catégorisations, les sectorisations, les classements et sextorisations (ce que j’avais écrit d’abord en faisant une faute de frappe, je garde ) ; on a sans doute depuis longtemps beaucoup aimé. Cette apparence d’ordre réduit l’effet de chaos, de confusion, permet de se sécuriser à bon marché. La population mondiale est énorme, la foule fait peur, mais parfois elle réjouit, elle n’est pas comme on dit une simple addition de ses composants, mais elle est autre chose, l’individu y change de nature et de rôle, ses effets dépassent et simplifient ses intentions premières.On le sait, on veut y voir clair, on classe.
C’est ainsi qu’on a eu : les hommes et les femmes, c’est tellement simple, et cette distinction érigée en doctrine est même le fondement de nos civilisations (si l’on ose appeler ainsi des systèmes politiques et sociaux fondés souvent sur la force et devenus droits par abus de pouvoir, puisque c’est après, comme justification d’un état de fait qu’intervient le raisonnement). Et plus il est absurde plus il est persuasif (credo quia absurdum : je crois parce que c’est absurde disait St augustin il y a déjà qqe temps) ; le plus simple étant la contrainte : les radars sur les routes en sont le symbole parfait. Freinez vous êtes filmés et vous payez.
Pour les femmes la mondialisation nous a mis le nez sur ces faux droits des hommes sur les femmes avant c’était dans les relations de voyages dans les ouvrages d’ethnologie où, sous couvert d’objectivité, on notait les harems, les excisions, les crimes d’honneur, les enfermements ou tout bêtement l’interdiction de conduire ou de montrer ses cheveux. Ce n’est pas l’imagination qui manque. mais maintenant qu'on a toutes les infos possibles dans les médiiis ou sur le" terrain", ça se passe grandeur nature. et cette connaissance ne protègepas des préjugés, même Ségolène Royal, intelligente, pleine de charme et d’aisance naturelle d’humour et sens politique est moquée en raison même de sa féminité. L’invention du mariage,aussi, est utilisée pour domestiquer les femmes : l’Allemagne n’est pas loin mais le système y est fait pour obliger les femmes à rester à la maison plutôt que d’aller faire un métier qui assurerait leur indépendance. Bon. Hommes femmes ce serait une catégorisation dépassée mais en dehors de groupuscules intellectuels qui veulent brouiller les cartes il n’y aurait pas de différence fondée etc etc. Dans les faits il en va hélas bien autrement. Et je me méfie de ces sophistications pour intellos de première classe de luxe SVP.
Pour en revenir par ce détour à mon propos, la catégorisation par classes d’âge vieux comme le monde comporte une particularité, une singularité, remarquable : sa répétition et sa régularité. La vie va de la naissance à l’enfance l’adolescence, l’âge adulte et la maturité et la vieillesse qu’on a décomposée en 3° âge ou 4° âge. Je ris en voyant la reine d’Angleterre à la TV, pleine de malice, qui invite une centaine de femmes de son âge à un banquet, pied de nez (la –reine-qui-fait-un-pied-de-nez), qui décide de continuer ses activités, bon pied bon œil ; c’est ce que j’appelle être " présente " tout simplement.
Là-dessus les médecins, psychologues, sociologues,etc établissent doctement des catégories destinées à éviter les débordements. " Trois hommes et un couffin " nous fait un clin d’œil : Les trois lascars voulaient larguer le bébé encombrant à la grand -mère et tombent sur une femme fringante et joyeuse prête à partir en voyage avec une amie. Il y a vingt ans un médecin généraliste me disait : vous entrez dans une zone dangereuse ", heureusement que j’aime vivre dangereusement ! attention à la marche !
Mais c’est encore autre chose que je veux dire : nous vivons tous dans le temps, au sens de temps intérieur, de temps objectif, celui des pendules même de grand-mère, et aussi de temps physique, le propre de tout être vivant. La jeunesse est relative dans une vie humaine. Ce n’est pas un catégorie stable. Ni non plus une catégorie normée ou normative ; Il y a encore des peuples plus simples que nos sociétés sophistiquées, où des gens ne savent pas leur âge. Alors ne soyons ni dupes ni naïfs ni hypocrites ni tricheurs : la vie est un continuum, nous passons tous par toutes les étapes. Ne nous laissons pas impressionner par de prétendues vérités propres à chaque âge, et qui ne serviraient que l’intérêt de celle où nous nous trouvons à un moment donné. La vieillesse ? Natalie Barney, à plus de 90 ans, répondit un jour à Jean Chalon, à qui elle se plaignait de ne plus trouver d’amantes et qui essayait prudemment de lui laisser entendre qu’à son âge etc : " Mais non, Jean, ce n’est pas ce que vous pensez ; c’est que j’ai toujours aimé les femmes plus âgées que moi et je n’en trouve plus ". C’est du pur Montaigne : " J’aime la vie et même en son dernier décours ".
Pour moi Je ne supporte pas qu’on abuse et méprise et mette au pied du mur du mépris la jeunesse aujourd’hui.Ce n’est pas oarce qu’on m’a abusée (et parfois de bonne fois hélas) à vingt ans que je veux voir la même chose se répéter L’attitude du pouvoir, des pouvoirs, m’a révoltée. Tout a été fait dans les propos, les réactions, les argumentations, le vocabulaire pour minimiser l’importance de la révolte. Oui, Les pouvoirs ont volé à cette jeunesses sa révolte, son ardeur, sa lucidité, sa pertinence ; c’est entendu on ne l’a pas écrasée sous les chars, trop malins pour ça. Parce qu’elle a été volée elle-même de sa propre révolte de 68 ou parce qu’elle envie et jalouse cette jeunesse pleine d’idées ou qu’elle a honte en secret de sa platitude actuelle, de sa médiocrité, de ses propres calculs.
D’un côté on pousse les plus âgés dans la tombe et de l’autre on repousse les jeunes. Les adultes considèrent les " jeunes " comme des rivaux dangereux et les personnes âgées comme des poids, des bouches, des ventres inutiles et coûteux et on prévoit déjà les frigos pour les prochaines canicules : " chambres froides pour morts de chaud " titre LIBÉ avec un humour sinistre selon son habitude.
Les vieux ne sont pas tous gâteux loin de là sauf si on les enferme en réduisant toutes leurs activités à des passe -temps sans importance et les jeunes qu’on a faits soi-même,on les infantilise, on les mouche, en les acculant au vide, en les privant du sens de leur vie.
Je plaide pour un fraternité intergénérationnelle et qui fonctionne vraiment dans les deux sens : je reviens de Toulouse d’un colloque lesbien : " Tout sur l’amour ou rien" organisé par " Bagdam espace ". C’est auprès des plus jeunes que j’ai trouvés le plus de curiosité intellectuelle, de proximité, d’envie simultanée d’échanger, car j’apprends de cette jeunesse comme elle apprend de moi, d’aller de l’avant, de faire preuve de volonté, non de croire, mais de trouver des solutions, de goûter la vie et de se réaliser vraiment en somme, pas seule mais avec(par) les autres.
Quand je lis Cécile Wajsbrot (rebonds du 19 04), qui jouant les Cassandre, les désabusées, annonce " la France est un pays perdu ", la fin pour la France, qui aurait perdu la guerre morale (celle de 40/45) qui selon elle depuis serait perdue depuis des lustres, j’éprouve une stupéfaction et une indignation sans bornes. j’avais 20 ans juste à la fin de la guerre, à vingt ans on est à même de voir, de juger, et on est en train de construire sa vie, personnelle mais aussi celle de la comunauté nationale et du monde. De quel droit, intellectuel, moral, de quele regard biais sur l’histoire s’autoriser à douter des jeunes générations successives et parvenues aux différents âges. Je vais paraître remonter aux vieilles lunes mais cela m’est égal. Car les vielles lunes c’est justement l’Histoire, A Saumur, en 40, les Cadets se sont opposés à l’avance allemandes, aux fameux ponts de la Ville, qui franchissent la Loire, ils ont résisté jusqu’au dernier. Qu’il y eut des collaborateurs, ils étaient dans les premiers rangs, ici où la, à couper les rubans tricolores de la Reconstruction. On le sait. Mais ce n’est pas cette ombre qui doit effacer la grandeur des êtres humains attelés à la tâche de continuer la vie, de lui (re) donner un sens, de repousser au maximum les bornes de l’intérêt personnel, de la cupidité, de l’étroitesse d’esprit, de la sécheresse du coeur.
Ceux et celles qui sont sur tous les fronts, politiques, intellectuels, sociaux, culturels, humanitaires, associatifs, qui paient de leurs personnes, dans leur vie, pour mieux comprendre, faire comprendre, peser sur les événements, changer les choses, ceux- là et celles–là, il faut les voir et les saluer et participer soi-même. Ce monde est sale, et la tâche est plus que difficile, complexe et comme les êtres humains elle est prise dans l’étau du temps, elle ne peut donc jamais s’arrêter ; saluons et aidons ceux et celles qui agissent . Je me sens passeur et à l’écoute moi-même ; j’ai confiance en tous les âges alliés ensemble, car jamais rien n’est jamais définitivement perdu…
mais la note serait trop longue je vous laisse la poursuivre.
Geneviève Pastre (tous droits réservés)
NB Je fais un usage personnel de la ponctuation. Montaigne disait " j’ai un dictionnaire tout à part moi ".
Je rappelle que Sade (la coqueluche des gens dans le vent) a écrit " L’orthographe est une occupation de valet ".
Un commentaire de ce blog dit non sans humour " ce n’est pas un blog, c’est de la poésie ". Plût au ciel que la poésie soit du chocolat et que le chocolat rende poète ! vive le mélange et le partage des genres !
19:30 Publié dans modes de vie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Je ne sais si ce blog est poésie ou chocolat, peut-être bien qu'il est les deux, en tous cas j'aime autant la poésie que le chocolat que ce blog. Oui, je mélange les genres comme Geneviève Pastre que je suis dans sa démonstration et dont je peux attester qu'elle vit exactement ce qu'elle dit. En toute liberté, par respect pour sa liberté intérieure, qu'elle a acquise chèrement et qui est sa base de son écriture, de son engagement, de sa pensée.
Oui vive le chaos dont la science nous a appris ces dernières décennies à connaître la richesse, la puissance et au fond la forme très élaborée d'organisation qu'il représente. Une organisation qui laisse toute sa place à l'aléatoire et à la combinatoire. Suscitant des chocs, des frottements, des rencontres qui sont à l'origine du renouvellement, de la propagation, de la création continue. Oui aux mélanges, au melting-pot, on dit aussi aujourd'hui au métissage, en ce sens de mettre en présence, fut-elle parfois conflictuelle (faut-il avoir si peur du conflit ?) des différences, des opposés, des contraires d'où naîtront peut-être (accepter le risque de l'échec, de l'essai non abouti, se souvenir de la loterie génétique, etc.) des formes nouvelles, de véritables inventions, seules garantes en définitive de la continuation de la vie.
Normer toutes choses, décider que seuls sont productifs les 35/45 ans (de préférence mâles et occidentaux), jeter les vieux au mouroir et les jeunes au dépotoir voilà d'excellents moyens de stériliser la société. Heureusement pour la poésie, on remarquera qu'on écrit souvent très vieux et très jeune. Ce qui revient à dire que la poésie est hors norme et de ce fait plus que jamais nécessaire.
Ecrit par : Florence Trocmé | 23 avril 2006
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