03 mars 2006

De l'amour

De l’amour

" Nous nous cherchions avant que de nous estre trouvés ", écrit Montaigne à propos de La Boétie, " parce que c’était lui, parce que c’était moi ". Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Une fois cette évidence fulgurante énoncée, qui a pour elle de nous délivrer à jamais des raisons et des explications, l’amour devrait se vivre en apesanteur et dans l’atemporalité, cette vertu que Colette attribuait, comme un vice, aux Ladies of Llengollen, qui ne se quittèrent pas de toute leur vie. Les paroles prononcées ne devraient être que des Cantiques des Cantiques singuliers, fussent-ils faits en majeure partie des comptes des menues dépenses, des visites et des occupations journalières, qui, ajoutées les unes aux autres, feraient LE LIVRE de l’humanité. Ce deuxième œuf parfait qui renouvelle l’œuf primordial, mais à deux personnes, dans une nouvelle espèce de gémellité, se brise presque toujours à peine formé ou beaucoup plus tard (qu’est-ce la durée sous l’angle de l’éternité de l’instant amoureux) pour laisser échapper un nouvel être double, déjà boiteux, maladroit, plein de doutes et d’envies contradictoires, qui se voit nu une deuxième fois, a besoin d’aide et de lumière, et appelle au secours pour conserver la perfection initiale…Il faudrait que la suite ne soit pas une suite, mais le même instant toujours.

Marcher sur les eaux est la seule manière. Bienheureux ceux qui ne manquent jamais de foi et ne cèdent pas devant la raison. Bienheureux ceux qui, sortis de l’œuf, n’apprennent pas la grammaire de l’ amour ;
Un simple " parce que " est déjà injurieux pour l’amour et désobligeant pour l’aimé/e écrit Jankélévitch.
Geneviève Pastre Le Bien Aimer (Prologue)

Commentaires

J’ai le sentiment que l’amour est un lumineux analphabète
Il ne comprend rien à la grammaire, mais s’invente son propre vocabulaire …
Il est l’argot de la chair et de l’âme

Bienvenue dans le monde des Blogs Madame,
Yann
(qui est arrivé ici via les liens d’Angèle)

Ecrit par : yann | 07 mars 2006

Je viens faire un tour chez vous et je tombe sur Yann. C'est très émouvant !
J'aime beaucoup Yann, le tendre Yann, et son cargo de voyageur immobile.

Ecrit par : Angèle Paoli | 11 mars 2006

Ecrire un commentaire